Initiation à la multiplication par greffage


On multiplie par greffage toutes les plantes que l’on ne peut obtenir facilement par une méthode plus simple. Le greffage peut aussi permettre l’obtention de formes inattendues comme les cristallisations des cactus ou de certaines plantes à port étalé. Il donne la possibilité à une espèce de s’adapter à un sol qui ne lui convient pas d’ordinaire, par l’intermédiaire d’un porte greffe approprié. C’est le cas du poirier qui peut s’adapter en terre calcaire lorsqu’il est greffé sur un cognassier. On fait également appel au greffage pour rendre une plante résistante à certaines maladies. Le greffage permet, en outre, de déterminer la vigueur d’une plante par la sélection du porte-greffe. Ainsi, les fruitiers greffés sur francs donnent des arbres particulièrement vigoureux.
- Enfin, le greffage permet de propager des variétés qu’on ne trouve plus dans le commerce, tels le poirier ou le rosier de nos grands-parents qui semblent péricliter l’âge venant.

Les avantages du greffage

Le greffage vaut surtout par la complète maîtrise que l’on a sur la plante. C’est un mode de multiplication végétatif contrôlé. En choisissant un porte-greffe et en l’adaptant à un greffon donné, on peut donc définir un profil précis de la plante que l’on souhaite obtenir.
- Les plantes greffées gagnent souvent en vigueur, en précocité et surtout en productivité sur les autres. Pour toutes les espèces fruitières, le greffage est le mode de multiplication privilégié car les récoltes sont plus abondantes.
- Le greffage peut également être l’occasion de s’adonner à des jeux botaniques, plusieurs variétés pouvant être produites sur une même plante. Ainsi des roses jaunes et des rouges peuvent voisiner sur la même plante, des cerises et des prunes sur un même arbre, mais c’est plus là un sujet de curiosité qu’un avantage, car, à la longue, une des deux variétés finit toujours par avoir le dessus sur l’autre.

Les inconvénients du greffage

Il n’est pas possible de greffer toutes les plantes. On ne peut guère pratiquer ces interventions que sur les plantes ligneuses. Certaines plantes, les palmiers, les orchidées, les aracées (philodendrons), les bananiers, ne peuvent être greffées.

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Greffe en écusson

- Pour réussir une greffe, il est nécessaire que les deux partenaires soient compatibles. On n’obtiendra jamais des tomates sur des pommiers ou des roses sur des lilas. Non seulement les plantes à greffer doivent appartenir à la même famille, mais aussi concerner des genres voisins. On greffe donc des pommiers sur des pommiers, des rosiers sur des rosiers, mais aussi des poiriers sur des cognassiers, des lilas sur des troènes ou des frênes. Il est même possible de greffer des tomates sur des pommes de terre. Mais en règle générale, les possibilités sont limitées.
- Enfin, la difficulté du greffage ne doit pas être mésestimée. Il faut beaucoup greffer et essuyer des échecs avant d’avoir la main suffisamment sûre pour prélever un écusson, faire une incrustation, etc.

Le porte greffe

On appelle aussi le porte-greffe le sujet. C’est la partie qui possède les racines et permet l’adaptation au sol, apporte la vigueur et la rusticité.
- Il existe plusieurs manières de se procurer des porte-greffes. Le plus ancien consiste à prélever dans la nature des plantes sauvages qui pourront mieux s’adapter au sol et aux conditions climatiques de l’endroit. C’est le cas, par exemple, des églantiers pour le rosier, des prunelliers pour le prunier, des aubépines pour le poirier, etc. On appelle ces porte-greffes des sauvageons. Ils présentent l’avantage d’être immédiatement disponibles, encore qu’ils soient aujourd’hui difficiles à trouver, car les haies bocagères où ils étaient abondants se font rares.

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Greffe en couronne de deux ans

- On peut également semer des graines d’une espèce classique. On obtiendra alors des plants ou francs pouvant être greffés avec une variété plus élaborée. Pour l’amateur, c’est la solution la plus simple.
- Pépins et noyaux d’arbres fruitiers, graines de rosiers germent facilement et en grand nombre. Il est alors possible de sélectionner les meilleurs plants, mais aussi de pratiquer sur ces francs des greffes faciles comme l’écussonnage puisqu’ils sont très jeunes.
- Les francs donnent toujours des plantes d’une grande vigueur, bien dans leur type, et dont la compatibilité est très bonne avec les greffons.
- Les professionnels préfèrent utiliser des porte-greffes sélectionnés dont les caractéristiques sont bien connues. Ils est très important de faire appel aux porte-greffes sélectionnés dans le cas de la vigne, et d’exiger des Vitis riparia ou hybrides de riparia, afin d’être protégé du phylloxéra.

Le greffon

C’est la partie de plante appartenant à la variété que l’on veut propager. Le greffon doit toujours être prélevé sur des plantes saines, bien dans leur type et en pleine force de l’âge. pour un rosier, l’âge idéal se situe entre 4 et 8 ans ; il est de 8 à 20 ans pour un arbre ; 4 à 8 ans pour un fruitier et de 3 à 6 ans pour un arbuste.
- Seules les greffes d’été et les greffes de conifères demandent que le greffon soit prélevé juste au moment de l’opération. Pour les greffes terminales de printemps (fente, incrustation, couronne, etc.), on doit disposer de greffons de repos végétatif. Les rameaux porte-greffons, toujours constitués par des pousses terminales bien droites et vigoureuses, sont récoltés pendant le repos de la végétation, au moment de la taille, pour les fruitiers. On les met en jauge, en les enterrant presque complètement dans du sable, au pied d’un mur exposé au nord. Il convient d’étiqueter les bottes de greffons avec le nom de la variété afin de ne pas faire d’erreur par la suite.
- Pour les greffes d’été, les rameaux-greffons sont récoltés dans la journée même où ils doivent être posés. Ils sont enveloppés dans un linge humide et placés dans un endroit sombre et frais pour éviter qu’ils ne fanent (le bac à légumes d’un réfrigérateur convient parfaitement).

Les conditions de la réussite

Outre tous les aspects de compatibilité et de choix des protagonistes, il faut réunir certaines conditions particulières. En premier lieu, il est important de choisir les bons outils. Pour greffer, on utilise un greffoir bien adapté. Il en existe plusieurs modèles, ceux à lame pointue et spatule sont destinés à la greffe en écusson, à la greffe en couronne et aux greffes de côté sous écorce. Les greffoirs à lame à bout arrondi, dits "greffoirs à vigne", conviennent pour les greffes en fente, à l’anglaise, en incrustation ; sécateur, scie et ébrancheur seront indispensables pour rabattre les plus gros sujets. On peut enfin avoir besoin, dans certains cas, d’une serpette de jardinier pour parer les plaies ou fendre le sujet, d’un maillet et de coins en bois. Les finitions des ligatures nécessitent raphia, cordelette en coton ou laine et mastic à greffer.

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Greffoir serpette

- La réussite d’une greffe dépend aussi du temps, de la saison et de l’heure choisie. Le meilleur moment est le matin "à la fraîche", lorsque la rosée apporte à la plante une certaine humidité. Il ne faut jamais greffer en pleine canicule, par vent très violent et desséchant, ou par temps de gel. La meilleure période pour greffer s’étend de janvier à septembre. Les premières greffes sont celles à l’anglaise pour la vigne. On les effectue sous abri. Ensuite viennent, dès le mois de mars jusqu’en mai, les greffes terminales. En mai-juin, on peut réaliser, surtout dans le Midi, des greffes en écusson à œil poussant, puis de juillet à septembre sont réalisés les écussonnages à œil dormant.
- Bien que les techniques diffèrent d’une méthode à l’autre, la réussite d’une greffe est conditionnée par l’utilisation d’outils parfaitement propres et bien affûtés, permettant des coupes franches et nettes.

Greffoir

- Il convient de s’assurer du bon contact du greffon avec le sujet ; il suffit souvent d’un petit vide d’air pour que l’une des parties se dessèche et compromette l’assemblage.
- Les ligatures seront toujours bien serrées et toutes les parties laissées à vif, surtout pour la greffe en fente, bien engluées de mastic.


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